Le problème de beaucoup d’engagements… c’est peut-être l’absence d’objectif

Je le dis avec beaucoup d’humilité : personne n’entre toujours dans l’engagement avec une conscience parfaitement claire de ce qu’il cherche, de ce qu’il porte et de ce qu’il veut construire.

Moi-même, comme beaucoup d’autres, j’ai dû apprendre avec le temps, avec les expériences, parfois avec les erreurs, qu’on ne peut pas avancer durablement sans savoir un minimum pourquoi l’on avance.

Dans nos organisations militantes, associatives, citoyennes ou politiques, au Cameroun comme dans beaucoup de pays africains, nous rencontrons souvent des femmes et des hommes pleins d’énergie, de passion, de disponibilité et de bonne volonté.

On voit des jeunes quitter leur quartier très tôt le matin pour participer à une réunion.
On voit des militants cotiser avec peu de moyens.
On voit des associations se mobiliser pour une école, un centre de santé, une route, un village, une communauté.
On voit des citoyens se lever parce qu’ils ne veulent plus seulement se plaindre devant la télévision, à la maison, au marché, au campus ou dans les taxis.

Tout cela est important.
Tout cela mérite du respect.

Mais, à mon avis, il y a une question que nous ne nous posons pas toujours assez :

Pourquoi suis-je réellement engagé ?

L’émotion peut faire entrer dans l’engagement, mais elle ne suffit pas à le faire durer

On peut s’engager parce que l’ambiance nous porte.
Parce qu’un leader nous inspire.
Parce qu’un grand frère, une grande sœur, un ami ou un camarade nous a entraînés dans le mouvement.
Parce qu’un moment politique nous semble décisif.
Parce qu’une injustice dans notre pays, notre région ou notre communauté nous pousse à agir.
Parce qu’on veut que les choses changent.

Tout cela peut être légitime.

Je ne crois pas qu’il faille mépriser ces premiers élans. Très souvent, c’est par une émotion, une colère, une admiration, une indignation ou une rencontre que commence un parcours d’engagement.

Mais le problème commence lorsque l’on reste prisonnier de cet élan initial, sans jamais le transformer en conscience, en discipline, en responsabilité et en contribution.

Car un engagement durable ne peut pas reposer uniquement sur l’émotion, l’admiration, la colère, l’euphorie d’un meeting ou l’espoir d’une opportunité.

L’émotion peut allumer la flamme.
Mais elle ne suffit pas à construire le feu dans la durée.

Un objectif, ce n’est pas seulement une envie. C’est une direction

Un objectif, ce n’est pas simplement :

  • vouloir être proche d’un leader ;
  • vouloir être vu dans les réunions ;
  • espérer obtenir un poste ;
  • chercher une opportunité ;
  • suivre le mouvement parce que les autres y sont ;
  • se laisser emporter par l’ambiance d’un moment ;
  • ou confondre présence physique et contribution réelle.

Un objectif, ce n’est pas seulement une envie. C’est une direction.

Et cette direction, personne ne peut vraiment la définir à notre place.

Mais il faut aussi reconnaître une chose : l’objectif n’est pas toujours clair dès le départ. Il peut se construire progressivement. Il peut naître au contact du terrain. Il peut se préciser après une mission, une responsabilité, une discussion, une déception, une victoire ou une épreuve.

On peut commencer avec une intuition.
Mais il faut apprendre à la clarifier.

On peut commencer avec une colère.
Mais il faut apprendre à la transformer en projet.

On peut commencer avec une admiration.
Mais il faut apprendre à devenir soi-même responsable.

On peut commencer avec une envie de changement.
Mais il faut apprendre à se demander ce que l’on est prêt à y apporter.

De quel objectif parlons-nous ?

À mon avis, il faut distinguer plusieurs niveaux.

Il y a d’abord l’objectif personnel : ce que je veux apprendre, devenir, renforcer ou corriger à travers mon engagement.

Il y a ensuite l’objectif militant ou citoyen : la cause que je veux servir, l’injustice que je veux combattre, la transformation à laquelle je veux contribuer.

Il y a aussi l’objectif organisationnel : ce que notre mouvement, notre association, notre parti, notre collectif ou notre réseau cherche réellement à construire.

Enfin, il y a l’objectif stratégique : les résultats concrets que nous voulons atteindre, les étapes à franchir, les priorités à assumer, les changements mesurables à produire.

Sans cette clarification, tout devient flou.

On peut être nombreux, mais dispersés.
Motivés, mais désorientés.
Présents, mais inefficaces.
Bruyants, mais peu transformateurs.

Et c’est là que beaucoup d’organisations s’épuisent.

Sans objectif clair, l’engagement devient fragile

Sans objectif clair :

  • on suit sans comprendre ;
  • on agit sans cohérence ;
  • on dépend toujours de l’énergie des autres ;
  • on attend d’être motivé de l’extérieur ;
  • on confond parfois agitation et contribution ;
  • on se laisse facilement décourager ;
  • on passe d’une émotion à une autre ;
  • on critique sans proposer ;
  • on réclame sans construire ;
  • et, avec le temps, on s’épuise, on se disperse ou on se perd.

Sans objectif personnel pertinent, que pouvons-nous réellement attendre de nous-mêmes ?
Et surtout, que pouvons-nous construire sérieusement avec les autres ?

Dans nos réalités africaines, ces questions sont importantes.

Parce que l’engagement ne se vit pas seulement dans les discours. Il se vit aussi dans les villages sans eau potable, dans les quartiers où les jeunes cherchent leur voie, dans les écoles qui manquent de moyens, dans les hôpitaux débordés, dans les familles qui attendent des réponses concrètes, dans les communautés qui espèrent une gouvernance plus juste.

Face à ces réalités, il ne suffit pas d’être indigné.
Il faut savoir ce que l’on veut contribuer à transformer.

Mais les organisations ont aussi leur responsabilité

Je crois cependant qu’il serait injuste de faire porter toute la responsabilité aux individus.

Si beaucoup de militants, de bénévoles ou de membres avancent sans objectif clair, c’est aussi parfois parce que les organisations elles-mêmes ne clarifient pas suffisamment leur vision, leurs priorités, leurs méthodes et leurs attentes.

Une organisation ne peut pas simplement demander aux gens d’être engagés.
Elle doit aussi les aider à comprendre pourquoi ils s’engagent, comment ils peuvent contribuer, où ils peuvent progresser et quelle place ils peuvent occuper.

Une organisation sérieuse devrait aider chacun à clarifier :

  • ce que nous voulons changer ensemble ;
  • les valeurs qui nous rassemblent ;
  • les responsabilités attendues ;
  • les rôles possibles ;
  • les compétences à développer ;
  • les comportements à éviter ;
  • les résultats à viser ;
  • les règles de fonctionnement collectif.

Les militants doivent clarifier leur engagement. Mais les organisations doivent créer les conditions de cette clarification.

Sinon, on attire des énergies que l’on ne forme pas.
On mobilise des présences que l’on ne structure pas.
On suscite des attentes que l’on ne transforme pas en responsabilités.

Et, tôt ou tard, la confusion produit de la frustration.

Un objectif personnel doit rester relié au bien commun

Il y a aussi une autre vigilance importante.

Avoir un objectif personnel ne suffit pas. Encore faut-il que cet objectif soit aligné avec une cause plus grande que soi.

Car on peut avoir un objectif clair, mais profondément individualiste.

On peut vouloir briller.
On peut vouloir contrôler.
On peut vouloir se positionner.
On peut vouloir exister à travers l’organisation.
On peut vouloir utiliser le collectif comme un tremplin personnel.

Ce type d’objectif peut donner de l’énergie.
Mais il ne construit pas forcément une organisation saine.

À mon avis, un objectif pertinent doit être à la fois personnel, éthique et collectif.

Il doit répondre à trois questions simples :

  • Qu’est-ce que je veux devenir ?
  • Qu’est-ce que je veux apporter ?
  • Quelle cause plus grande que moi suis-je prêt à servir ?

C’est à ce niveau que l’engagement devient plus profond.

On ne vient plus seulement demander :
“Qu’est-ce que je peux gagner ici ?”

On commence aussi à se demander :
“Qu’est-ce que je peux apprendre ?”
“Qu’est-ce que je peux donner ?”
“Qu’est-ce que je peux aider à construire ?”

Définir son objectif, c’est se donner une boussole

Car définir son objectif, c’est se donner une boussole.

C’est savoir, même dans le désordre, les frustrations, les contradictions et les lenteurs, pourquoi l’on continue d’avancer.

C’est refuser de se laisser porter uniquement par les événements.
C’est passer de la simple présence à une contribution plus consciente.
C’est apprendre à ne pas dépendre uniquement de l’énergie du leader, de l’ambiance du groupe ou de la chaleur du moment.

Dans une organisation, celui qui a un objectif clair ne vient pas seulement consommer l’énergie collective.
Il vient aussi y apporter quelque chose.

Il réfléchit.
Il propose.
Il apprend.
Il se corrige.
Il avance, même modestement.

Et surtout, il comprend que l’engagement n’est pas seulement une affaire de visibilité, mais de responsabilité.

Clarifier son engagement, c’est déjà commencer à exercer du leadership

Avoir un objectif clair est déjà une première forme de leadership.

Parce que le leadership ne commence pas toujours par le fait de diriger les autres.
Il commence souvent par la capacité à apprendre à se diriger soi-même.

Avant de vouloir entraîner les autres, il faut parfois se demander où l’on va soi-même.
Avant de vouloir parler au nom d’une cause, il faut se demander ce que cette cause exige de nous.
Avant de vouloir transformer une organisation, il faut accepter de transformer sa propre manière d’être engagé.

Dans nos pays, nous avons besoin de leaders.
Mais nous avons aussi besoin de citoyens plus conscients, de militants plus formés, de jeunes plus lucides, de responsables plus enracinés dans une cause que dans une ambition personnelle.

Une organisation forte ne se construit pas seulement avec des personnes motivées par l’ambiance du moment.
Elle se construit avec des femmes et des hommes qui apprennent progressivement à savoir pourquoi ils sont là, ce qu’ils portent, ce qu’ils veulent apprendre, ce qu’ils veulent donner, et jusqu’où ils sont prêts à aller.

Mon intime conviction

Je ne dis pas que chacun doit avoir, dès le premier jour, une vision parfaitement claire.
Ce serait injuste et même irréaliste.

Nous sommes tous en apprentissage.
Nous avançons parfois avec nos fragilités, nos hésitations, nos contradictions et nos limites.

Mais je crois profondément qu’un engagement qui ne prend jamais le temps de se questionner finit souvent par se disperser.

Sans objectif, il n’y a pas de trajectoire.
Sans trajectoire, il n’y a pas de constance.
Sans constance, il n’y a pas de transformation durable.

Et peut-être est-ce par là que beaucoup d’engagements devraient commencer :
non pas seulement par demander ce que l’organisation peut nous apporter,
mais par clarifier ce que nous voulons devenir, porter et construire à travers elle.

Un engagement sans objectif finit par suivre le vent.
Un engagement éclairé par une boussole intérieure peut contribuer à changer le cours des choses.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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